Conférence journée du Chahid Et du chahid Sadok Hadj

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Conférence journée du Chahid
Et du chahid Sadok Hadj
Présentée par Ahmed Bencherif

Ecrivain chercheur
Aux lycéens du lycée Sadok Hadj
Sous le haut patronage de Mr
Le directeur de l’Education
17 février à Naama

Notre guerre de libération nationale
Le 1er Novembre 1954 inscrit notre peuple dans l’histoire universelle. Des hommes déterminés et résolus d’arracher notre liberté à la France au mépris de la mort. Ils sacrifient leurs vies, leurs biens, leurs familles pour que revive notre Nation libre et indépendante. Ils sont quelques uns à déclencher la lutte malgré l’inégalité de la puissance de feu avec l’ennemi. L’action armée isolée des débuts est vite remplacée par une insurrection au cours de la grande offensive du 20 aout 1955 dans le Constantinois dont les succès provoquent de graves inquiétudes parmi les autorités civiles et militaires ainsi que la communauté européenne.
Le congrès de la Soummam, tenu le 20 aout 1956, opère une mutation décisive de la stratégie du commandement du FLN et de l’ALN. C’est la guerre révolutionnaire comme choix incontournable. De grands succès sont alors enregistrés sur les champs de bataille par no armée de libération nationale. Ils obligent le pouvoir français à faire une grande révolution dans ses institutions pour gagner la guerre et conserver « l’Algérie française ». Il opère une vaste organisation territoriale civile. En effet, le nombre de trois départements algériens qui existaient depuis 1830 passent en l’an 1957 à dix-sept. Sur le plan militaire, il crée des secteurs et des sous-secteurs qui couvrent toute le territoire national.
Notre guerre de libération est solide, dirigée par un état-major général et un haut commandement des frontières. La France en l’an 1958 est obligée d’augmenter ses effectifs militaires. Elle passe de 106.000 hommes vers 1950 à 800.000 soldats en 1958, augmentés des harkis au nombre de 100.000 et des milices européennes qui étaient de 10.000 éléments en moyenne. De plus, elle construit des barrages électrifiés sur nos frontières : le tracé avec le Maroc faisait 730 km celui de la Tunisie s’étendait sur 350km. Les deux barrages, Morice et Challe, noms des deux généraux concepteurs de ces barrages de la mort qui étaient infestés en millions de mines anti personnelles et antichars. Cette stratégie visait à isoler les maquis de l’intérieur et les priver d’armement, de soins aux blessés, de ravitaillement. Notre état-major va doter nos frontières en armement lourd, soit des canons de longue portée. Il engage donc la bataille des frontières dont le prix était hélas lourd en sacrifices, mais à fort crédit pour notre Révolution qui est désormais doté d’un gouvernement provisoire et qui est représentée dans la majeure partie des pays dans le monde. Donc, c’est la victoire de notre diplomatie sur celle de la France, soutenue par l’OTAN, organisation militaire d’entraide entre les Etats unis d’Amérique et l’Europe de l’Ouest.
Nos soldats étaient appelés des moudjahidines, terme qui dérive du Coran. Cependant, les Français les appelaient les « Fellagas » durant les premières années de la guerre de libération, puis ils les appelaient les Djounoud. Le mot de Fellaga est péjoratif. C’est un mot arabe classique qui veut dire bandit et violeur. Mais à partir de l’insurrection des Ouled sidi Cheikh, les Français qualifiaient ces moudjahidines de « Fellaga ». Ce terme désignait les insurgés des trois pays du Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie. Cette dépréciation du combattant poussa Mohamed Belkheir à la dénoncer dans ses vers. Il dit : « Nous sommes des moudjahidines et cette qualification n’est pas légère ».
Notre peuple a payé le prix lourd en sacrifices pour arracher sa liberté : un million 500.000 de martyrs, des milliers de veuves, de pupilles de la nation, des milliers d’invalides de guerre. Il accède à son indépendance le 5 juillet 1962, après la signature conjointe avec le Gouvernement français et algérien, du le cessez-le-feu du 19 mars 1962, qui est la fête de la Victoire. Notre Etat s’engageait alors dans la bataille du développement et de pérenniser la mémoire de notre combat libérateur. Il était dans l’ordre des choses que l’Etat algérien instituât une journée commémorative pour le symbole de la Nation qui est le Martyr
Le martyr : définition
Le martyr est défini dans toutes les langues selon le lexique propre à chaque nation qui le commémore selon ses traditions ou ses idéologies, pour le fait unique qu’il en fait un symbole apparent. C’est un homme ou une femme de grande conviction mort ou morte pour sa cause ou son idéal. Il écrit l’histoire avec son sang. C’est un témoin de cette idée pour laquelle il ou elle est morte. Son origine est lointaine et remonte d’abord au christianisme qui apparut il y a plus de deux mille ans. A cette époque, la civilisation romaine régnait sur le monde et elle n’accordait pas de place aux religions juive ou chrétienne. Ses empereurs interdisaient aux chrétiens de pratiquer leur religion dont un grand nombre mourut ou fut persécuté pour sa foi. Nous trouvons ici la dimension de la persécution que subissait l’homme de religion. C’étaient des atrocités physiques exercées sur son corps, qui étaient de véritables tortures qui engendrent des mutilations ou la mort. Il aura fallu attendre l’an 307 de notre ère, date à laquelle les trois empereurs romains décrétèrent un Edit par lequel les chrétiens étaient autorisés à pratiquer librement leur religion.
L’islam qui apparut en l’an 606 reprit aussi ce sacrifice. En effet, le Coran donne un rang élevé au martyr qui meurt pour sa religion. La nouvelle religion va donner un sens concret et courant au martyr qui est recherché en masse par les croyants. En effet, tous sont subjugués par la félicité supérieure d’accéder au paradis en espérant sacrifiant leur vie pour les intérêts supérieurs de l’islam. Cette nouvelle religion a pour vocation l’universalité et elle fait de l’homme le vicaire de Dieu. C’est ce qui explique sa diffusion rapide à travers l’Asie et l’Afrique du Nord en premier lieu, puis en Europe, notamment en Espagne. L’islam était véhiculé par la langue arabe et il ne tarda pas à rayonner sur le monde par ses propres apports à la civilisation. Il développa les sciences et les arts. Cette avancée créait des remous au sein du monde chrétien très arriéré qui entreprit alors de combattre l’islam par des guerres de religion, notamment la guerre des Croisades au XI siècle.
Jusqu’ici, le sacrifice était consenti pour la religion. Néanmoins, la cause allait être changée au dix-neuvième siècle avec l’apparition de l’Etat nation et de façon générale le phénomène des nationalités. Après la démocratisation de la société, l’homme devient citoyen et son allégeance est proclamée pour sa patrie. Enfin, l’homme pouvait mourir pour sa patrie et non pas pour son souverain. L’Algérie n’était pas restée en dehors de ce processus. En effet, elle devait recouvrer de nouveau sa souveraineté nationale, spoliée par le colonisateur français le 14 juin 1830. Au terme d’immenses sacrifices consentis par le peuple algérien au cours de ses longues années de résistance armée, puis de lutte politique, la guerre de libération nationale s’était imposée le 1er Novembre 1954. Donc le combattant se sacrifie pour sa patrie. Il est qualifié à la forme originelle de Moujahed et pour la félicité supérieure de Chahid. Ces deux termes ne sont pas distants de la définition religieuse, en ce sens que l’islam se l’approprie.
Si tôt la victoire obtenue pour une cause donnée, le peuple devait nécessairement se souvenir et honorer ses martyrs. Cette manière est célébrée différemment d’une nation à une autre. Pour les pays occidentaux qui avaient fait des guerres impérialistes, les Etats en question érigeaient des monuments aux morts appelés monuments du soldat inconnu. Pour notre pays, une autre manière était conçue pour glorifier nos martyrs.
Glorification de nos martyrs
Dès l’indépendance le 5 juillet 1962, le pouvoir algérien ou plus précisément les chefs de la Révolution algérienne avaient conçu de glorifier nos martyrs dans un carré des martyrs sis au cimetière d’El Aliya à Alger. C’est là que reposent les cendres d’un nombre limité de grands martyrs ou de leaders algériens. Une cérémonie de recueillement est faite lors des fêtes nationales du 1er Novembre et du 5 Juillet, le 20 Aout et depuis 1992, du 18 février. Le chef de l’Etat et une délégation du Gouvernement, du FLN, des autorités supérieures militaires et du Mufti y déposent une gerbe de fleurs, dans l’air de l’hymne national de Qassamen et de récitation du verset qui félicite les martyrs. Ce recueillement n’est pas exclusif à la capitale. Il est généralisé à travers tout le pays, dans chaque chef lieu de commune, de daïra, de wilaya.
Ce rituel dura jusqu’en 1982, date inaugurale du Monument aux martyrs Maqam Chahid sis à riyad El Feth sur les hauteurs d’Alger. C’est un grandiose édifice intégré et composé de : musée de l’armée populaire nationale au sous-sol, du musée du Moujahed, d’un centre commercial, d’une esplanade de loisirs pour les visiteurs. Le monument est constitué de trois palmes qui se rejoignent à mi-hauteur et fait 92 m de hauteur. Sur son esplanade, trois statues sont édifiées : le résistant populaire contre l’agression française, le Moujahed avec son costume civil, le soldat de l’armée de libération nationale, le soldat de l’armée nationale populaire. Les chefs d’Etat étrangers en visite en Algérie y sont conduits pour un recueillement et visitent les musées du Moujahed et de l’ANP. C’est une fierté nationale que véhicule le serment fait aux martyrs. Cependant, elle n’est pas exclusive à l’Algérie, mais elle est ressentie par toutes les nations du monde. Elle conserve un caractère universel, du fait de la mondialisation de la mémoire. C’est ce qui explique aussi l’existence de cimetière aux martyrs dans toutes les villes du pays.
Le martyr Sadok El Hadj
Le jeune combattant Sadok El Hadj est né le 5 octobre 1931 à Ain-Sefra, fils de Mohamed Sadok et de Bencherif Zahra. Il n’avait pas eu la chance de fréquenter l’école et dès son adolescence, il était appelé à subvenir aux besoins vitaux de sa famille. Dans sa jeunesse, il était conscrit à faire son service militaire sous les couleurs françaises dans la guerre d’Indochine, comme de centaines de jeunes algériens. Il avait alors 20 ou 22 ans. Il s’était illustré par sa bravoure, son sens de la tactique et de la stratégie. Cependant, lui et ses frères combattaient sans le savoir un ennemi qui luttait pour sa liberté et son indépendance. Avec les combattants, l’occasion était offerte de se poser des questionnements sur cette guerre injuste et beaucoup d’Algériens et de Marocains s’étaient ralliés aux rangs des combattants vietnamiens qui faisaient la guerre pour une cause juste, tandis que les Français faisaient une guerre impérialiste. La défaite de l’armée française à Dien-Bien Phu le 7 mai 1954 sonna le glas au colonisateur français en Indochine qui accéda à son indépendance. C’était une grande humiliation de la France dont les contingents rentrèrent à partir de l’année 1956.
Le jeune appelé Sadok El Hadj rentre alors à Ain-Sefra. Mais sa ville natale est déjà révoltée contre le colonisateur français. Il apprend que beaucoup de ses amis et de cousins ont regagné les rangs de l’armée de libération nationale et sont au Djebel. Son oncle paternel, pour qui il avait une grande admiration, était lui aussi un maquisard. Il rejoint alors les rangs des Moujahidine la même année 1956. Il est alors affecté à la zone 8 Wilaya V dans le mont des Ksour. L’année 1957 se distingue par une importante évolution stratégique. La zone 8 est scindée en deux zones : Huit et Trois. La zone 3 est alors renforcée par deux cents combattants qui la rejoignent aussitôt dont notre glorieux martyr Sadok El Hadj dont votre lycée s’honore d’en porter le nom. La nouvelle zone est alors placée sous le commandement du capitaine Abdelwahab, tandis que la 8 est sous les ordres du capitaine Ben Ahmed Abdelghani. La même année, l’état-major de l’armée de libération nationale crée des commandos.
Le commando
Le commando est une unité légère et autonome, placé sous le commandement d’un aspirant. Il est très mobile et opère sur tout le territoire de la zone qui est très vaste. Cette spécificité requiert de l’endurance aux fatigues à toutes épreuves et un sacrifice à tous les instants. Partout où il opère, il crée la panique chez l’ennemi et lui occasionne d’importantes pertes en vie humaines, en équipements de guerre, tels que les avions. Il s’approprie un appréciable butin de guerre, tels que des fusils, des mitrailleuses, des mines anti-personnelles, des pistolets et des munitions qui sont affectés pour les compagnies de la zone. Il est composé en moyenne de 36 éléments aguerris et expérimentés dans la guerre révolutionnaire.
Le commando III.
Le martyr Saddok El Hadj affecté à la région 4, c’est-à-dire entre Aflou et Laghouat. Il est alors à la tète du commando 3 qui avait donné des craintes à l’ennemi et lui avait occasionné de grandes pertes en vies humaines et en matériel. Il était la terreur des régiments de l’armée française dans un vaste secteur opérationnel situé entre Messaad dans la Wilaya 6 et Aflou dans la zone 3 wilaya V. Ces hommes épais, hors du commun, parcouraient des dizaines de km par jour et accrochaient les troupes ennemies qui à chaque fois enregistraient de grandes pertes. Il forgea sa réputation parmi l’armée française qui lui donna le surnom de « commando fantôme » et à son chef le « commandant je m’en fous ». Sur cette tactique de combat, notre armée était en avance sur l’armée française qui créa finalement en 1959 les commandos dont celui de Georges. Cependant, les commandos français étaient composés de huit à dix éléments arabes. Ils n’étaient pas en outre autorisés à livrer combat à nos unités. Ils identifiaient les positions de nos troupes, télégraphiaient aux hélicoptères et aux avions qui rappliquaient et bombardaient nos combattants.
La dernière bataille du martyr Sadok
Au cours de l’année 1959, le commando III livra deux batailles :
-. Tounza ou Qabeq. Cette bataille est plus connue sous le nom de ksar El Hirane distant de 40 km de Laghouat, plus précisément à oued Mzi. Elle s’était déroulée le 24 mai au lendemain de la bataille de Messaad dans la Wilaya VI de Djelfa. Notre commando de 36 éléments avait accroché à plusieurs centaines de soldats soutenus par les bombardements de l’aviation qui avait largué des bidons de Napalm dont l’utilisation était interdite par les lois internationales de la guerre. La bataille avait duré toute la journée et au soir nos valeureux combattants s’étaient repliés vers une destination sécurisée. L’ennemi était carrément battu et dut appeler des renforts au secours. Notre commando s’était redéployé en deux groupes. Les bombardements aériens étaient intensifs et limitaient l’efficacité de nos Djounoud. Alors, l’un des deux groupes brandit le drapeau français pour tromper l’ennemi, c’est alors que les bombardements aériens cessèrent. En détail, c’était une bataille héroïque qui mériterait bien un film pour mettre en évidence la tactique de nos commandos, sa détermination et son sens élevé du sacrifice.
Le bilan était de 101 tués et plusieurs centaines de blessés parmi l’ennemi qui perdit également deux avions abattus et un hélicoptère endommagé. Nos frères perdirent 5 martyrs et eurent 3 blessés. Parmi eux, on relève le commandant Sadok El Hadj, dit si Benaissa, qui eut d’importantes blessures aux deux jambes, c’est ce qui explique que celles-ci sont nues en photo. Six de nos combattants furent faits prisonniers. Dans la mêlée, le cartable de si Benaissa avait été récupéré par l’ennemi.
– Chaabat Zawouch.
Le commandant Sadok El Hadj reçut les soins nécessaires à ses deux jambes et avait repris les opérations militaires. La période de sa convalescence reste inconnue. Toujours est-il qu’il livra une bataille au mois de novembre. Son commando est alors à Ksar Hiran, au lieu dit Chaabat Zawouch. Il est rejoint par le moudjahed Tayeb Belmagherbi qui formait un commando depuis 6 mois à Aflou. Un agent double vint informer le commandant Sadok qu’une grande force était en route vers leurs positions. Or, Chaabat Zawouch était un terrain nu et plat qui n’offrait pas de rochers de remparts pour se positionner. Selon le même moujahed, l’ennemi avait déployé de très grandes forces, comme celles qui avaient été mobilisées depuis deux ans à Khenag Abderahmane. La bataille, nous dit-il, commença le matin du 11 novembre à 8 heures. Les troupes françaises avaient encerclé nos combattants et faisaient feu de tous les côtés. Les avions B26 bombardaient, les avions de reconnaissance mitraillaient, des bidons de napalm étaient largués. Sur terre, les canons et les chars pilonnaient nos positions. Une guerre aveugle était menée au commando, avec une rare violence et une vengeance inouïe. Ses pertes étaient de 15 martyrs dont Sadok El Hadj, de 10 prisonniers, plusieurs blessés, faits prisonniers, furent achevés. Selon le Moujahed Belmagherbi, seuls 4 commandos ont pu s’échapper à ce déluge de feu.
Oui la vengeance ! L’ennemi a emporté les morts et les blessés à Laghouat. Il les avait exposés sur des véhicules découverts qui faisaient un défilé macabre dans les rues de la ville pour donner un avis sinistre que toute rébellion s’exposait aux horreurs de ses crimes. Puis, il les a entreposés sur la place publique pendant plusieurs jours et Il avait jeté les dépouilles sacrées des martyrs en pleine nature.
Gloire à nos Martyrs ! Vive l’Algérie !

Naama le 17 février 2022
Ahmed Bencherif

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